Nous sommes vendredi et ma semaine noire n’est toujours pas terminée. Aujourd’hui, encore un invité de marque mais à qui on ne pense pas de prime abord quand on évoque le référencement Black Hat. Et pourtant, ce personnage haut en couleur qui n’a pas sa langue dans sa poche fait parti de ceux que je considère comme des « Autorités » dans le référencement.
Trêves de blabla, je laisse place à Laurent Bourrelly pour son interview sur le côté obscur du référencement:

Bonjour, pouvez-vous vous présenter succinctement (Nom, prénom ou pseudo si vous souhaitez gardez l’anonymat, âge, profession et tout ce qui vous passe par la tête…)
Je m’appelle Laurent Bourrelly et j’ai passé le cap fatidique de la quarantaine. On me retrouvait sous les pseudos ThickParasite ou Thick qui sont des vieux pseudos remontant à mes premières intrusions virtuelles au début des années 90 quand j’étais aux USA. Vous pouvez y reconnaître une certaine connotation qui colle justement à l’image du hacker.
Je n’ai jamais pris la peine de penser à un autre pseudo et désormais que je suis passé par le canal Personal Branding depuis un an. Du coup, c’est maintenant sous le pseudo LaurentB que je laisse mon filet de bave en ligne quand ce n’est pas avec mon identité complète comme pour l’URL de mon site ou certains réseaux sociaux & Co. sur lesquels j’aime bien réserver mon identité.
Comment définiriez-vous le Black Hat SEO?
Pour la définition généralement acceptée, le Black Hat SEO vise à tromper les moteurs de recherche.
Ensuite, ça devient un peu plus subtil lorsqu’on isole le terme Black Hat qui émane direcement du hacking, ayant pour objectif principal de nuire à autrui. Même si un des leviers à disposition du Black Hat SEO consiste à faire baisser les concurrents dans les résultats de recherche, l’objectif principal vise à valoriser ses propres plateformes; ce qui n’inclut pas forcément de nuire aux autres. A ce niveau, le terme Black Hat SEO est totalement empreint d’un concept qui ne correspond pas à la réalité.
Je suppose que ça faisait juste plus cool de s’autoproclamer «Black Hat quelque chose»; sans même savoir la réelle signification et ses implications. Bref passons…
Pour vous, où se trouve la limite qui fait que l’on est BH SEO?
Là encore il y a deux niveaux. D’un côté, il s’agit des règles érigées par les moteurs de recherche et Google en particulier. Puis de l’autre, il y a la loi en vigueur dans chaque pays concernant le piratage informatique.
Pour ce qui concerne les règles des moteurs de recherche, j’ai comme projet de les imprimer sur du papier toilette. En d’autres termes, il faut appliquer la règle du “pas vu, pas pris” et rien de plus. Google et aucun autre n’a le droit de nous dicter comment faire pour fourguer des pages (plus ou moins pertinentes je l’accorde) dans l’index. Google n’a qu’à trouver des solutions pour contrer le spam au lieu de prendre des vessies pour des lanternes; Matt Cutts en tête qui fait le beau en vidéo et conférence, mais qui ferait mieux de la boucler car son moteur est toujours autant pérméable aux sites qui possèdent toutes les caractéristiques du spam. Pour un site qu’il flingue, il y en a des milliers qui lui reviennent dans l’index aussitôt.
Après, il y a la loi dans le sens juridique du terme où certaines pratiques peuvent être très lourdes de conséquences, envoyant directement dans la case “pénal” avec peine de prison ferme et amende qui fout sur la paille dès que le juge fait claquer son coup de maillet.
De ce côté, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne puisque la législation diffère selon les pays. En France, c’est simple, partez du principe que vous n’avez le droit de rien faire. Celui qui prétend être Black Hat sans même avoir pris la précaution d’avoir un montage juridique offshore n’est qu’un plaisantin. Pour être vraiment sérieux, il faut physiquement se délocaliser dans un pays où l’extradition n’est pas possible tout en offrant le maximum de latitude légale.
Rester en France limite forcément les possibilités; ne serais-ce que pour profiter de gains qui ne peuvent tout simplement rentrer dans le système. Ça va un moment de faire mumuse avec une carte Neteller, mais la délocalisation est indispensable pour passer la vitesse supérieure.
Pour ma part, je suis parti en Andorre et je ne fais rien d’illégal en plus (si si c’est vrai).
Depuis combien de temps le pratiquez-vous?
J’ai eu la chance de profiter d’Internet dès le début puisque j’ai effectué mes études aux Etats-Unis de 1990 à 1994, puis j’ai bossé à New York jusqu’en 1997. Un de mes colocataires était un hacker à plein temps et c’est en le cotoyant que j’ai découvert ce monde virtuel underground composé d’individus qui étaient les véritables maîtres du réseau (et peut-être encore aujourd’hui).
Concernant le Black Hat version SEO, je m’y suis intéressé simultanément à ma découverte du référencement en 2003.
Continuez vous toujours à le pratiquer? Et pourquoi?
Honnêtement, j’ai vite compris que le Black Hat SEO n’était pas un raccourci pour le White Hat SEO comme pense la vaste majorité des gens.
Pour faire quelque chose d’envergure, cela exige des moyens et une stratégie qui ne sont pas inférieurs à une stratégie bâtie sur du “propre”. C’est appliqué différemment, mais il y en a beaucoup qui se mettent le doigt dans l’oeil en pensant que le BH SEO est simplement une collection d’astuces qui permettent de s’affranchir du travail besogneux de référenceur. A ce niveau, il manque une définition pour l’équivalent du Lamer dans le vocabulaire hacking. Le vrai BH SEO construit quelque chose, tandis que celui qui s’apparente au Lamer est juste un guignol qui détruit en profitant des opportunités découvertes par d’autres. Le Lamer SEO va abuser d’un filon (technique ou autre) tout en le propageant autour de lui, mais il sera très rarement à l’origine de la découverte ou alors c’est du réchauffé d’un truc qui tourne depuis des lustres pour lequel il aura trituré une variante.
En fait, je n’ai jamais pratiqué le Black Hat SEO dans un but lucratif. Les actions auxquelles j’ai participé, notamment avec la DarkSEOteam (reco à Siddartha en passant), avaient pour mission de dénoncer des failles dans l’algorithme de Google. Notre heure de gloire est venue lorsqu’on a fait un coup de Google Bowling avec le blog de Matt Cutts et que ce dernier nous a rendu hommage avec un faux hack de son blog par la DarkSEOTeam le 1er avril 2007.
Pour ce qui est du boulot, le White Hat est bien plus tranquille lorsqu’on est un bon père de famille comme moi. Cependant, ça se joue parfois à pas grand chose de passer du côté obscur de La Force. Il faut juste avoir assez de recul pour comprendre que le «coming back» est difficilement réalisable.
Dans mon cadre personnel, je m’intéresse au Black Hat SEO dans l’optique de “connaître le mal pour faire le bien”. C’est indispensable de bien connaître la ligne jaune; surtout lorsqu’on pratique l’audit référencement car de nombreux cas sont passibles d’une sanction Google sans même savoir que la ligne jaune est allègrement franchie.
Cela n’empêche pas de s’envoyer en l’air de temps en temps et les concours de référencement sont idéaux pour cela, mais faire du Black Hat SEO à la petite semaine ne m’intéresse pas et ne possède pas assez de valeur ajoutée pérenne par rapport au White Hat. Pour faire bien, il faut y aller à fond et cela nécessite de gros moyens financiers et techniques qui ne sont pas au programme actuellement. Par exemple, balancer 100 domaines par jour est une problématique pour laquelle il est aisé d’imaginer les moyens à mettre en oeuvre.
Si je devais être Black Hat SEO, cela ne pourrait pas s’envisager à la seule infraction des guidelines Google. Du coup, il faut commettre des actes illégaux et ça ne m’intéresse pas aujourd’hui. Rien que pour parler de la plus courante de toute, l’exploitation d’une faille XSS est illégale. Ça peut rapporter 2 ans de prison et 30 000€ d’amende – 3 ans et 45 000€ dans le cas de suppression/modification des données. On passe à 5 ans et 75 000€ pour bidouiller un système automatique de traitement des données. Tout cela assorti d’options qui vous mettra plus bas que celui qui fait la manche à la sortie du métro.
Citez moi un BH SEO qui n’a pas rencontré le chemin d’une faille XSS sans vouloir l’exploiter et je rentre dans un couvent.
Il y a eu une période où j’aurais pu basculer, mais je navigue maintenant hors des eaux troubles.
Après, je ne dis pas qu’il est impossible de pratiquer le BH SEO sans prendre de risque légal, mais ça reste très basique (content spinning, cloaking, netlinking auto). Puisque mes résultats sont satisfaisants sans pratiquer le BH SEO de base, nul besoin d’utiliser des techniques qui ne sont pas pérennes. Pour qu’une stratégie BH devienne pérenne, il faut continuellement alimenter, d’où la nécessité de disposer d’une stratégie en béton armé et différente du reste des spammeurs, de moyens financiers non négligeables et de bouzins dynamiques performants.
Dans quel but pratiquez vous ce type de référencement?
J’ai déjà répondu précédemment, mais encore une fois, je ne pratique pas concrètement le BH SEO pour mes propres sites ou ceux d’autrui (clients, amis, etc.). Même si je peux actionner un levier de temps à autre, cela n’a rien à voir avec une stratégie d’envergure comme j’explique plus haut.
Comment en êtes vous arrivez à le pratiquer? Autrement dit comment êtes vous tombez dedans?
Encore une question que j’ai adressé avant, mais je peux parler de l’état d’esprit. Étant donné que mon implication sur Internet remonte avant même la création du Web, l’esprit du hacker est ancré en moi. A cette époque, tout le monde était un peu hacker; tout simplement pour arriver à faire quelque chose de concret puisque la techno était hyper limitée. Il fallait hacker pour que ça soit un minimum stimulant.
J’ai toujours bidouillé en informatique et le Web n’est qu’un canal de plus pour s’épanouir lorsqu’on possède un état d’esprit qui tend à dépasser les limites de la technologie.
De nos jours, je me contente de bidouiller dans l’informatique vintage de la marque fruitée – uniquement pour le plaisir.
Au début, comment avez vous acquis les techniques BH SEO? Seul ou avez-vous bénéficié d’aide quelconque?
C’est au travers du hacking que j’ai envisagé des translations pour le référencement. Cela se passait sur IRC, dans les mailing lists, groupes de discussion, etc. Les forums sont venus plus tard, mais j’étais déjà hors course. Le seul forum Black Hat SEO sur lequel je suis inscris est celui de Discodog.
Une fois qu’on a acquis les rudiments de la technique, il suffit de suivre l’actualité des failles de sécurité pour s’amuser à triturer le Web dans le mauvais sens du poil. Le truc sympathique est que dès qu’une faille de sécurité est dévoilée, il y a le mode d’emploi qui va avec. Pas besoin d’être ingénieur pour appliquer la recette et l’exploiter pour fabriquer son cake.
Quelles sont les qualités indispensables que doit posséder un BH SEO?
Fondamentalement, c’est la même chose pour un hacker et un BH SEO. D’un côté, il y a l’attitude et l’état d’esprit et de l’autre côté il y a les compétences et l’expérience.
Toute l’information est disponible gratuitement sur Internet avec une forte connotation communautaire qui permet de tacler n’importe quelle problématique. Il suffit de se passionner pour le sujet et le reste suivra. J’ai bien dit “passionner” car il ne faut pas seulement tremper un doigt de pied pour plonger en eaux profondes.
Le truc est qu’il y a plusieurs niveaux d’interprétation. Tout le monde peut prendre une licence pour un des nombreux logiciels qui permet d’appréhender les 3 volets du BH SEO : créer du contenu, planquer le contenu et faire des liens. Tout en ajoutant le 4ème volet optionnel qui est de dézinguer les concurrents. La clef est de ne pas faire comme les autres; il s’agit justement de se démarquer, de construire une stratégie et une méthodologie qui diffère de la masse qui se contente de suivre le mode d’emploi. Celui qui est un vrai BH SEO va découvrir et exploiter un filon, puis propager un mode d’emploi, habituellement couplé à un logiciel, pour exploiter un filon supplémentaire qui consiste à prendre des tunes à ceux qui pensent être BH SEO alors qu’ils sont de simples Lamers.
Comme disait une citation de Pablo Picasso reprise ensuite par Steve Jobs «Good artists copy; great artists steal». Il faut s’approprier une oeuvre pour en retirer sa propre interprétation.
S’il y avait une ou des qualité(s) qu’un BH possède, et qu’un WH ne possède pas. Quelle(s) serai(en)t elle(s)?
Le vice.
Par exemple, pour être BH SEO, il ne faut pas être un Bisounours comme ceux qui boivent les paroles de Matt Cutts. Plutôt, il faut savoir lire entre les lignes de sa bave grotesque pour interpréter correctement ce qu’il ne dit pas. Matt Cutts est du genre à vous annoncer qu’il pleut alors que vous êtes déjà trempé sous l’averse. Le BH SEO aura pris son parapluie en sortant de chez lui, alors que le WH SEO se demande encore comment il a fait pour atterrir en short et chemise à manches courtes sous le déluge.
Quelles relations entretenez-vous avec les autres BH?
J’ai beaucoup décroché.
Tiens, mêm Rudy aka Discodog doit me faire baisser de grade dans son forum car je ne participe plus vraiment.
Parfois, je me sens pris d’un besoin urgent d’aller voir s’il y a des nouveautés, mais finalement c’est toujours la même chose qui se répète. Le changement s’effectue au niveau des filons, logiciels et astuces qui émergent aussi vite qu’ils disparaissent. Comme je n’ai pas de besoins concrets pour utiliser des leviers BH, cela m’importe peu de savoir quel est le dernier CMS ou formulaire à spammer.
Tout simplement, je n’ai pas la motivation et le temps nécessaire pour effectuer la veille. Comme dit l’ami Paul aka Tiger, «le Black Hat SEO est 80% de veille et 20% d’action». Je n’ai plus le temps pour faire 80% de veille et pas besoin de 20% d’action. En tout cas, dans le cadre du Black Hat SEO ou du hacking. Pourtant, il est indéniable que je garde de profondes affinités avec cette communauté et je regrette de ne pas pouvoir m’investir, mais je n’exclus pas un retour. C’est toujours là où on m’attend le moins que j’apparais…
Sinon, pour répondre directement à la question, j’entretiens des relations fragmentées avec les BH SEO. J’échange avec grand plaisir avec les potes qui figurent parmi mes contacts, mais rien de régulier ou planifié. Cela peut être une conversation IM ou VoIP ou même en personne (si si nous sommes des vraies gens parfois).
En plus, certains nous font profiter de bonnes informations avec une excellente vulgarisation qui permet ne pas perdre complètement le fil. Que ça soit Olivier T, Rudy, Paul, Kevin, Aurélien (version Pink) et quelques autres (pardon à ceux que j’ai oublié et que je suis pourtant régulièrement), leur partage est une excellente introduction au BH SEO pour ceux qui débutent tout en permettant de ne pas totalement perdre la main lorsqu’on fait partie des vieux rabats-joie comme moi. Grosse reco à ceux là qui font perdurer la flamme du contre pouvoir.
Par contre, j’ai perdu tout contact avec ceux que je côtoyais de l’autre côté de la mare (les USA).
De mon côté, je publie de temps à autre un billet qui traite du Black Hat, mais rien de bien significatif et surtout pas les trucs et astuces dont les Lamers sont friands.
Quel est votre mot de la fin?
Ça vous intéresserait le PQ avec les guidelines Google imprimées dessus ?
Un grand merci à Laurent Bourrelly de m’avoir accordé le temps nécessaire pour cette interview car même si il a la plume facile, vu la teneur et la quantité de contenu fourni je pense que cela a du être chronophage.
Je vous donne rendez-vous demain pour la dernière interview Black hat seo avec un invité mystère. Si certains veulent se lancer au jeu des pronostics!!!